C’est un beau cadeau de Noël. Fin décembre, l’hebdomadaire Politis a publié quelques chiffres du ministère de la Justice sur le traitement des plaintes pour violences policières. Une première ! Dès 2016, l’ONU avait critiqué l’opacité de la France sur le sujet… en vain jusque là. Flagrant déni décrypte les données 2021 en 4 constats.
Le chiffre noir du nombre total de plaintes reste inconnu
Absolution dans 5 cas sur 6
Un quart des coupables blanchis discrètement
Hausse constante depuis 2016
Méthodo :
Violences : Les chiffres ne concernent que les violences volontaires, quelles que soient leurs conséquences (ITT, mutilation permanente, etc.) et leurs circonstances (avec ou sans arme, en réunion, etc.). Ils ne comprennent pas les homicides volontaires (tirs par armes à feu, etc.).
PDAP : Les statistiques judiciaires permettent de savoir si l’auteur des faits était une « personne dépositaire de l’autorité publique » (PDAP), mais sans plus de précision. On ne sait pas si les auteurs sont gendarmes, policiers, surveillants de prison, etc.
Taux de classements comparés : en 2021, 74 % des PDAP mises en cause pour violences sont considérées comme « non poursuivables » par les procureurs (70 % en 2019). Pour les violences en général, ce taux est de seulement de 33 % (chiffres 2019)
Alternatives aux poursuites : en 2021, 22 % des PDAP « poursuivables » ont bénéficié d’alternatives aux poursuites (25% en 2019). Pour les auteurs de violences en général, ce taux est de 39 % (chiffres 2019). Mais bon nombre des violences commises en général, avec ITT de moins de 8 jours, sont passibles de simples amendes, ce qui peut expliquer un traitement moins sévère. En revanche, les violences commises par des PDAP sont toujours passibles de prison car la fonction de l’auteur des faits est une circonstance aggravante. Théoriquement, elles devraient donc faire l’objet de moins de mansuétude.
Politis : En septembre, le journal avait demandé au ministère de la Justice les statistiques sur les plaintes pour violences volontaires commises par des PDAP. Le journal raconte : « Sans réponse du ministère nous avons saisi la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA). Quelques semaines plus tard, le bureau des statistiques nous transmettait un premier document. Puis un autre ».
Cassiopée : La machine statistique du ministère est assez simple. Suite à une plainte pour violences commises par une PDAP, les procureurs décident de classer les dossiers, ou pas. A cette occasion, ils remplissent un logiciel interne, nommé « Cassiopée », qui précise la catégorie d’auteurs (PDAP ou non), l’infraction (violence avec ITT de plus de 8 jours, etc.), et leur décision : ouverture d’information judiciaire, saisie du tribunal, alternatives aux poursuites, ou classement sans suite.



