Tout comme le ministre de l’Intérieur, nous avons repéré une série de « péchés capitaux » de la police. Jusqu’à la fin du « Beauvau de la sécurité », nous publierons une série d’informations, souvent inédites, toujours vérifiées.
C’est « Monsieur Classement sans suite ». A Lyon, les dizaines d’enquêtes préliminaires ouvertes chaque année contre des policiers sont entre les mains d’un seul homme : le procureur adjoint* Bernard Reynaud, « chef de la division de l’action publique spécialisée ». À ce titre, parmi la trentaine de magistrats du parquet* de Lyon, sous les ordres du procureur de la République* Nicolas Jacquet, il s’occupe des délits de presse et des dossiers impliquant les militaires ou les policiers. C’est notamment lui qui en 2017, avait requis une peine contre un commissaire dénonçant les fausses factures réalisées par sa hiérarchie.
Le commissaire avait été relaxé, mais en dépit des témoignages à charge de nombreux policiers (dont le chef de la BAC Valéry Pastor) contre leur hiérarchie, l’affaire des fausses factures n’a jamais été poursuivie. À ce poste depuis 2006, le procureur adjoint Reynaud, « taiseux », est décrit comme un « homme de réseaux » par une source judiciaire. Il fait en tous cas figure de véritable institution dans l’institution : il a vu passer quatre procureurs de la République, avait déjà travaillé au parquet de Lyon comme substitut, de 1990 à 1995, et a même fait un détour par le parquet de la cour d’appel de Lyon, de 1997 à 2003.
Surveillance des dossiers
Le Comité a pu prendre connaissance de ce document (en principe jamais versé à la procédure), qui conclut que « le policier muni d’un bouclier ayant amené [Thibault] au sol ne pouvait être identifié ». Le magistrat adresse ce projet de rapport à la procureure générale de la cour d’appel, qui est la supérieure hiérarchique de tous les parquets de la région, avec le procureur de la République Nicolas Jacquet en copie. Dans son mail, Bernard Reynaud propose, « sauf meilleur avis de votre part, de classer sans suite cette procédure pour motif auteur inconnu (code 71) ». Un motif qui revient à pointer l’insuffisance de l’enquête (ou l’impuissance du service enquêteur).
« Bernard, il faudrait retenir le code 21 »
L’histoire de Thibault fait figure de dossier banal puisque les faits le sont (malheureusement) aussi, et qu’ils n’ont pas été médiatisés. La pratique du parquet dans ce dossier semble donc être la règle, même si faute de réponse du procureur aux questions du Comité, il est impossible d’en savoir plus. Au passage, bien plus laxiste que son adjoint, le procureur de la République semble considérer qu’un coup de bouclier donné par un policier à une personne pacifique pour l’interpeller et qui se conclut par une fracture ne saurait « caractériser » aucune infraction…
Silence du parquet général
« Le doute et le soupçon »
En septembre 2020, la Conférence nationale des premiers présidents de juridiction estimait que « ces remontées d’informations en temps réel via les parquets à une autorité politique […] jettent nécessairement le doute et le soupçon sur l’usage qui peut être fait de ces informations par le directeur des affaires criminelles et des grâces […] puis par le ministre de la justice et son cabinet ». En 2014, une circulaire de la ministre Christiane Taubira se proposait d’encadrer ces remontées, mais avec des critères tellement flous que rien n’a vraiment changé depuis. Les dossiers de violences policières font-ils partie de ces dossiers dits « signalés », estimés à plusieurs milliers par an ?
« Affaires signalées et suivies »
Véronique Drahi, représentante de la section locale du Syndicat de la magistrature, analyse : « Si tous les dossiers impliquant des policiers étaient considérés comme sensibles et faisaient l’objet de remontées d’informations systématiques, ce qui est vraisemblable, leur traitement gagnerait à mon avis à être confié à un juge d’instruction, afin d’éviter tout soupçon, même si l’on sait que cela ne résoudrait pas tout… Notamment, l’ouverture d’une procédure d’information judiciaire n’empêche pas la remontée d’informations par les parquets ».
« Acheter la paix sociale avec les syndicats de police »
Ce dernier déclenche l’enquête, choisit le service enquêteur, supervise les investigations, puis décide si le dossier donne lieu à poursuites ou est classé sans suite. Une source judiciaire analyse : « La priorité du DDSP [directeur départemental de la sécurité publique], du préfet, du procureur et de l’IGPN qui marchent ensemble, ce n’est pas la recherche de la vérité, mais de ne pas faire de vagues. Ils achètent la paix sociale à deux niveaux : avec le DDSP, et avec les syndicats de police qui sont très puissants ». Jeudi dernier, le « Beauvau de la sécurité » interrogeait les relations entre police et justice. Les syndicats de policiers ont bien raison : « le problème (de l’impunité) de la police, c’est la justice ».
Parquets (tribunaux judiciaires) :
procureur de la République, assisté de procureurs adjoints, vice-procureurs, substituts du procureur
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Parquets généraux (cours d’appel) :
procureur général, assisté d’avocats généraux, substituts généraux, vice-procureurs placés
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Ministère de la justice


