11 mars 2018, Baie Mahault (Guadeloupe).
Le commandant de la brigade de gendarmerie Romain Dobritz tire sept balles en direction de Yannick Locatelli qui décède peu après. Le scenario est typique : bien vite, le procureur égrène dans la presse le passé délinquant de la victime, et la thèse du « refus d’obtempérer » est brandie par les deux gendarmes présents. Mais une bande de vidéosurveillance infirme ce récit. Le gendarme est condamné par la cour d’assises de Basse-Terre en février 2021. Il écope de 5 ans de prison, dont 3 avec sursis. C’est a priori la seule condamnation à de la prison ferme prononcée dans ce type d’affaires. Le parquet avait fait appel, jugeant la condamnation trop peu sévère. Il avait requis 15 ans de prison, estimant que les faits constituaient un homicide volontaire. La cour d’assises, elle, n’avait retenu que des « violences volontaires ayant entraînées la mort sans intention de la donner ». Le résultat est paradoxal : Romain Dobritz, placé en détention provisoire à l’issue du procès, fait l’objet d’une mise en liberté quelques semaines plus tard. Le procès en appel devait se tenir le 28 novembre à Lyon. Il vient d’être reporté en Octobre 2023. Voici le témoignage d’Alexandra Cerruti, la compagne de la victime (Juste avant l’annonce du report).
La justice ou « une technique pour gagner du temps »
Mensonges des gendarmes
Le gendarme Dobritz a fait de Yannick une histoire personnelle. Sur place, il n’a respecté aucune procédure. Certains de ses collègues ont dit qu’il avait une photo de Yannick sur son bureau. Je ne sais pas ce qu’il s’était passé entre eux mais il voulait Yannick, c’est sûr. Il n’a pas attendu que ses équipes se placent. Il est parti sans radio, dans une voiture banalisée, ce qui apparemment est interdit dans ce type d’intervention et a agi seul.
« Il n’a jamais exprimé aucun regret »
Il a été quelques jours en détention, même pas trois semaines. Il est ressorti direct. Pour nous, c’est impensable. Je pense que son statut doit jouer en sa faveur car c’est impossible qu’on relâche une personne en si peu de temps pour des faits aussi graves. Est ce qu’il a des connexions quelque part ? Je n’en sais rien. Mais là, c’est tellement flagrant que je ne comprends pas que personne ne réagisse. Il y a des gens qui, pour un défaut de permis prennent six mois, un an, et lui pour un meurtre, qu’il sorte de prison aussi vite, c’est impensable. On se moque de nous, clairement. Aujourd’hui il est toujours à la gendarmerie, il travaille, il vit normalement. Il n’a jamais exprimé aucun regret, n’a jamais présenté ses excuses, rien du tout. On est dans un film et on est impuissant. On ne peut rien faire, on regarde, on subit et ce n’est toujours pas terminé. »



