Ibrahima Bah, Gaye Camara, Cédric Chouviat, Lamine Dieng, Wissam El Yamni, Joseph Guerdner, Adama Traoré ont été tués par la police. Mais ils ont un autre point commun : leurs familles n’ont pas été informées tout de suite par les autorités, qui la plupart du temps, ont préféré se tourner d’abord vers la presse. Fatiha, la maman d’Adam, n’a jamais été informée officiellement. Adam et Raihane ont été tués par la police à Vénissieux (près de Lyon) dans la nuit du jeudi 18 au vendredi 19 août 2022, juste après minuit. Voici le récit de Fatiha.
« Le jeudi, je devais me rendre à Amplepuis [à 60 km de Lyon]. J’ai vu Adam à 11h à la maison, il partait à un rendez-vous chez son conseiller Caisse d’Épargne car sa mamie lui avait donné des sous. Il m’a parlé d’un projet qu’il me dévoilerait plus tard. Je lui ai demandé : « Je pars à 17 heures, je te verrai avant de partir ? » « Il m’a répondu oui. Mais à 16h, ne le voyant pas je l’ai appelé et il m’a dit qu’il ne serait pas là avant mon départ : « On se verra samedi alors« . Et je suis partie. Ils l’ont tué le soir-même. »
La famille refoulée des commissariats
J’appelle Adam, plusieurs fois, je tombe sur le répondeur, invariablement. Je comprends qu’il est mort : d’habitude il me répond toujours. J’appelle son père, il ne répond pas. Je n’ai pas de voiture, mais je trouve le moyen de redescendre à Lyon. J’appelle ma sœur, elle a entendu parler de l’affaire, mais elle n’imaginait pas que c’était Adam.
J’appelle Adam, plusieurs fois, je tombe sur le répondeur, invariablement. Je comprends qu’il est mort : d’habitude il me répond toujours. J’appelle son père, il ne répond pas. Je n’ai pas de voiture, mais je trouve le moyen de redescendre à Lyon. J’appelle ma sœur, elle a entendu parler de l’affaire, mais elle n’imaginait pas que c’était Adam.
Rendez-vous à l’IGPN
Samedi matin à 10h, je reçois un appel de l’IGPN, une commandante qui me dit : « Vous savez ce qui s’est passé ? » Je lui réponds « Non ! Vous allez me le dire« . Elle me dit « Ce n’est pas mon rôle, c’est à un OPJ de se rapprocher de vous, moi je vous appelle pour vous demander de venir à l’IGPN lundi matin« .
« J’ai perdu mon enfant unique, autant dire l’essentiel. À la violence de cet arrachement s’ajoute une autre violence, institutionnelle : aucun officier de police judiciaire n’a jugé utile, nécessaire, digne, de m’informer, pas même au téléphone. Mon fils était immédiatement identifiable, mes coordonnées étaient disponibles. Néanmoins, ce sont la rue, la presse, le voisinage qui ont amené la rumeur jusqu’à moi me plongeant dans un calvaire dont on n’a pas idée. »
Lettre de Fatiha au procureur
Samedi matin à 10h, je reçois un appel de l’IGPN, une commandante qui me dit : « Vous savez ce qui s’est passé ? » Je lui réponds « Non ! Vous allez me le dire« . Elle me dit « Ce n’est pas mon rôle, c’est à un OPJ de se rapprocher de vous, moi je vous appelle pour vous demander de venir à l’IGPN lundi matin« .
Rendez-vous à l’IGPN
Sans réponse du procureur après trois mois, elle le relance par une autre lettre, le 2 décembre. Fatiha raconte : « J’ai prévenu une juriste d’une association d’aide aux victimes que si je n’avais pas de réponse à cette relance, je contacterais la presse. Le procureur a dû en être informé car il m’a répondu dès le 6 décembre. Dans sa lettre, il écorche l’orthographe et la prononciation du nom de famille d’Adam. »
Samedi matin à 10h, je reçois un appel de l’IGPN, une commandante qui me dit : « Vous savez ce qui s’est passé ? » Je lui réponds « Non ! Vous allez me le dire« . Elle me dit « Ce n’est pas mon rôle, c’est à un OPJ de se rapprocher de vous, moi je vous appelle pour vous demander de venir à l’IGPN lundi matin« .
« Si l’identité de mon fils n’a été établie par la police qu’en début d’après-midi, les journalistes, eux, la connaissaient déjà à 8 heures du matin de même que le ministre de l’Intérieur, et ils le qualifiaient déjà de jeune “très défavorablement connu des services de police“, ce qui est absolument faux ! »
Réponse de Fatiha au procureur
Sans réponse du procureur après trois mois, elle le relance par une autre lettre, le 2 décembre. Fatiha raconte : « J’ai prévenu une juriste d’une association d’aide aux victimes que si je n’avais pas de réponse à cette relance, je contacterais la presse. Le procureur a dû en être informé car il m’a répondu dès le 6 décembre. Dans sa lettre, il écorche l’orthographe et la prononciation du nom de famille d’Adam. »
Samedi matin à 10h, je reçois un appel de l’IGPN, une commandante qui me dit : « Vous savez ce qui s’est passé ? » Je lui réponds « Non ! Vous allez me le dire« . Elle me dit « Ce n’est pas mon rôle, c’est à un OPJ de se rapprocher de vous, moi je vous appelle pour vous demander de venir à l’IGPN lundi matin« .
Une seule voix : celle de la police
Le vendredi matin à 9h20, alors que personne n’a cherché à joindre Fatiha pour la prévenir, le procureur de la République indique dans un communiqué qu’un policier « se trouvait projeté sur le capot avant du véhicule » avant de tirer. Or, cette thèse est toujours débattue devant le juge d’instruction à ce jour.
Comme d’habitude, les seules voix qui s’expriment apportent leur soutien aux policiers. Sur BFM, toujours le vendredi matin, un représentant du syndicat Alliance dénonce « une banalisation de la violence » subie par les policiers. Vers 17h, l’avocat du policier « renversé » raconte comment son client est « abattu » (sic) et « a cru mourir ». Etc. Pendant ce temps, Fatiha ne sait pas encore qu’elle va connaître « la pire nuit de sa vie » en attendant qu’une autorité veuille bien lui confirmer la mort de son fils. Ce qui n’arrivera jamais.
À 8h40 le vendredi, alors que Fatiha n’est au courant de rien, c’est BFM qui donne la nouvelle. Seul l’âge des deux victimes (dont l’une n’est pas encore décédée) est donné. Quelques minutes plus tard, l’AFP publie une dépêche. Dès 9h, Le Progrès indique que les deux jeunes sont « défavorablement connus ». À 11h, Gérald Darmanin précise à BFM qu’ils sont « très défavorablement » connus des services de police. Mais donc « connus », bien avant le début d’après-midi.
Sans réponse du procureur après trois mois, elle le relance par une autre lettre, le 2 décembre. Fatiha raconte : « J’ai prévenu une juriste d’une association d’aide aux victimes que si je n’avais pas de réponse à cette relance, je contacterais la presse. Le procureur a dû en être informé car il m’a répondu dès le 6 décembre. Dans sa lettre, il écorche l’orthographe et la prononciation du nom de famille d’Adam. »
Samedi matin à 10h, je reçois un appel de l’IGPN, une commandante qui me dit : « Vous savez ce qui s’est passé ? » Je lui réponds « Non ! Vous allez me le dire« . Elle me dit « Ce n’est pas mon rôle, c’est à un OPJ de se rapprocher de vous, moi je vous appelle pour vous demander de venir à l’IGPN lundi matin« .
Après l’autopsie
Une espèce de cordon foncé lui barrait le visage, nous n’avions aucune idée de ce que c’était. Au bout d’un moment, sa petite amie l’a touché. Il s’agissait juste d’une mèche très compacte de ses longs cheveux. Pour que cette mèche se soit placée ainsi, il a fallu que son corps soit manipulé avec bien peu d’égards ! Et avant cela, les secours, les médecins, ne pouvaient-ils pas le mettre dans une position de paix ? Ensuite, après l’action des pompes funèbres musulmanes et avant la cérémonie, on l’a revu, il reposait, les yeux fermés. »
Au cours de nos échanges, Fatiha se rappelle : « Sur l’acte de décès, pour l’heure du décès, il est mentionné « heure indéterminée » . Adam est violenté jusqu’à être privé d’un état civil complet ! Quand quelqu’un meurt, le médecin indique l’heure de constatation du décès non ? L’acte de décès est lui-même porteur de la violence qui nous a été faite ». Les médias eux, ont été informés de l’heure du décès par le procureur, dès le vendredi matin.
Le vendredi matin à 9h20, alors que personne n’a cherché à joindre Fatiha pour la prévenir, le procureur de la République indique dans un communiqué qu’un policier « se trouvait projeté sur le capot avant du véhicule » avant de tirer. Or, cette thèse est toujours débattue devant le juge d’instruction à ce jour.
Comme d’habitude, les seules voix qui s’expriment apportent leur soutien aux policiers. Sur BFM, toujours le vendredi matin, un représentant du syndicat Alliance dénonce « une banalisation de la violence » subie par les policiers. Vers 17h, l’avocat du policier « renversé » raconte comment son client est « abattu » (sic) et « a cru mourir ». Etc. Pendant ce temps, Fatiha ne sait pas encore qu’elle va connaître « la pire nuit de sa vie » en attendant qu’une autorité veuille bien lui confirmer la mort de son fils. Ce qui n’arrivera jamais.
À 8h40 le vendredi, alors que Fatiha n’est au courant de rien, c’est BFM qui donne la nouvelle. Seul l’âge des deux victimes (dont l’une n’est pas encore décédée) est donné. Quelques minutes plus tard, l’AFP publie une dépêche. Dès 9h, Le Progrès indique que les deux jeunes sont « défavorablement connus ». À 11h, Gérald Darmanin précise à BFM qu’ils sont « très défavorablement » connus des services de police. Mais donc « connus », bien avant le début d’après-midi.
Sans réponse du procureur après trois mois, elle le relance par une autre lettre, le 2 décembre. Fatiha raconte : « J’ai prévenu une juriste d’une association d’aide aux victimes que si je n’avais pas de réponse à cette relance, je contacterais la presse. Le procureur a dû en être informé car il m’a répondu dès le 6 décembre. Dans sa lettre, il écorche l’orthographe et la prononciation du nom de famille d’Adam. »
Samedi matin à 10h, je reçois un appel de l’IGPN, une commandante qui me dit : « Vous savez ce qui s’est passé ? » Je lui réponds « Non ! Vous allez me le dire« . Elle me dit « Ce n’est pas mon rôle, c’est à un OPJ de se rapprocher de vous, moi je vous appelle pour vous demander de venir à l’IGPN lundi matin« .
Méthodo :
Le 26 septembre 2023, nous avons contacté le procureur de la République de Lyon pour obtenir une copie des communiqués de presse diffusés par le parquet sur cette affaire.
Sans réponse, nous avons relancé le procureur le 3 octobre.
Sans réponse, nous avons saisi la Commission d’accès aux documents administratifs le 30 octobre 2023.
Le 15 novembre (veille de la publication), le procureur nous a fait suivre les communiqués publiés par ses services les 19 et 20 août 2022 sur cette affaire



