Tout comme le ministre de l’Intérieur, nous avons repéré une série de « péchés capitaux » de la police. Jusqu’à la fin du « Beauvau de la sécurité », nous publierons une série d’informations, souvent inédites, toujours vérifiées.
Plus d’une enquête par semaine sur les violences policières
Souvent, ce n’est pas l’absence de faute policière qui entraîne le classement sans suite, mais bien l’omerta qui règne dans l’institution. En décembre 2019, un policier enquêteur confiait au Comité : « C’est vrai qu’on a beaucoup de classements sans suite. Souvent, c’est que soit on n’arrive pas à identifier les policiers en cause, soit que c’est parole contre parole ». Un commentaire qui se vérifie dans les dossiers consultés par le Comité, et qui s’illustre par une histoire éloquente – celle d’Arthur.
Des tags, la BAC
De l’art d’« encadrer » une agression
Ainsi que l’a montré une enquête du Comité publiée en décembre dernier (voir ici et là), une dizaine de policiers ont été témoins directs ou indirects de l’agression d’Arthur. Aux abords immédiats de la scène, pas moins de quatre cadres policiers étaient présents. Les deux commandants de la BAC étaient situés juste à côté de l’agression. Un commandant, chef d’unité, a assisté directement aux faits puisque Arthur a été littéralement projeté sur lui. Un commissaire divisionnaire, directeur du service d’ordre de la manifestation ce jour-là, par ailleurs chef d’état-major (n°4) de la DDSP du Rhône a recueilli le témoignage d’Arthur – le visage ensanglanté, et moins d’une minute après les faits, alors qu’il mettait en cause les policiers présents juste derrière (voir photo).
Alors que la DDSP était donc informée des faits, elle n’a rien engagé ni rien dit pendant 24 heures, faisant obstacle à l’ouverture d’une enquête. Sur le PV de contexte, censé relater minute par minute la réalité des interventions policières, il est même écrit : « 14h38, un individu blessé place Antonin Poncet (dents cassées). Origine des blessures ignorée». Il aura fallu attendre la diffusion des images dans les médias pour que le parquet soit informé et ouvre une enquête, qui a valu à (seulement) deux policiers d’être renvoyés devant le tribunal correctionnel de Lyon ce mardi 23 février 2021.
Cette omerta fait froid dans le dos, car elle concerne des actes pourtant perpétrés sur la place publique, au vu et au su de tout le monde. La scène s’est déroulée sous les yeux les cadres de la CGT du Rhône, et les chefs de la police lyonnaise ne pouvait ignorer également qu’ils étaient filmés et photographiés. Ils ont fait le choix du silence alors que les faits avaient toutes les chances d’être rendus publics.
Alors que le « Beauvau de la sécurité » s’attelle aujourd’hui à l’encadrement policier, il n’est donc pas inutile de rappeler que quatre chefs de la police lyonnaise étaient juste à côté de la scène de l’agression d’Arthur – et que la DDSP a de fait couvert les faits. On ne peut s’empêcher d’imaginer toutes les affaires ainsi étouffées : les tabassages au commissariat, ou les coups portés dans la rue, dans les quartiers où la parole des habitant-es ne pèse rien par rapport à celle de la police. Ce que démontre l’histoire d’Arthur, c’est que tant la violence arbitraire que l’omerta des chefs sont constitutives de l’institution policière, à tous les échelons hiérarchiques.
