Devant les députés ce lundi 30 novembre, le ministre de l’Intérieur a martelé, à propos des violences policières : « Des individualités ne sont pas un tout et je ne supporte pas – et je ne supporterai pas – qu’on porte atteinte à l’institution, celle de la police nationale et de la gendarmerie qui font un travail admirable. ». Après les révélations publiées aujourd’hui par le Comité, le ministre va devoir faire plus que de simples discours. Car c’est bien l’institution tout entière et ses pratiques favorisant le déni qui sont en cause. Le Comité saisit le procureur de la République pour que les responsabilités pénales mises en évidence dans ce dossier soient examinées, à l’heure où seuls deux policiers sont renvoyés devant le tribunal correctionnel de Lyon pour l’agression d’Arthur (ils doivent comparaître le 10 décembre prochain). Le Comité saisit également la Défenseure des droits pour qu’une enquête approfondie et publique soit menée globalement sur l’ensemble des manquements déontologiques constatés. Dans cette affaire, le Comité a lui-même fait l’objet de manœuvres d’intimidation en provenance d’une entité appartenant à un service gouvernemental, pour l’heure non identifié. En l’absence de nouvelles de l’enquête, dix mois après les faits, le Comité demande également à la Défenseure des droits d’intervenir.
La victime et un témoin : « c’est eux là, c’est eux »
Trois commandants d’unité présents
Sur le PV : « origine des blessures ignorée »
En dépit de ces informations, toute l’échelle hiérarchique de la DDSP a couvert les faits. Le procès-verbal de contexte de la manifestation (que le Comité s’est procuré), rédigé pour établir la liste des infractions constatées et leur donner des suites judiciaires, mentionne : « un individu est blessé place Antonin Poncet (dents cassées). Origine des blessures ignorée ». Cette mention n’est portée qu’à 14h 38, au moment où les pompiers prennent Arthur en charge. Aucune mention des faits n’est portée dans le PV au moment où ils ont eu lieu. Cette lacune ne constitue pas le simple oubli d’une formalité. Alors que la direction de la sécurité publique était informée des faits, elle n’a manifestement rien fait et rien dit pendant 24 heures, faisant de fait obstacle à l’ouverture d’une enquête. En outre, Arthur a essuyé deux refus d’enregistrer sa plainte, au commissariat d’abord, puis à la gendarmerie. Au final, l’enquête ne sera ouverte que le lendemain, après que le parquet a appris l’agression d’Arthur par voie de presse, grâce aux images publiées. Autrement dit, il y a tout lieu de penser que sans images, la chaîne de commandement policière serait restée muette, et les faits, non poursuivis. Sans images des policiers, la responsabilité de la DDSP n’aurait pas non plus été mise en lumière.
A l’opposé de son discours, la préfecture n’a donc cessé de générer l’insécurité des cortèges et des manifestant-es. D’un côté, les corps des manifestant-es, des soignants (les medics) et des médias sont exposés, et l’intimidation marche à plein régime. De l’autre, les troubles sont multipliés, les interpellations aussi, ce qui permet à la préfecture de criminaliser le mouvement. Main dans la main, le préfet et le maire de Lyon (un ancien ministre de l’Intérieur semble-t-il habitué à jouer avec sa police pour faire de la politique) ont tôt fait le choix de sanctuariser les commerces de la Presqu’île. L’analyse montre pourtant que la police a fait bien plus de mal aux commerces que les manifestations elles-mêmes. Au début du mouvement des Gilets jaunes, on a pu observer des lectures de textes ou des débats avec des passant-es rue de la République. Visiblement, cet usage politique d’un lieu dédié à la marchandise était insupportable pour les autorités. Au total, et peut-être parfois à leur corps défendant, les policiers et gendarmes déployés ont été autant de petits soldats d’un Gouvernement décidé à mater la foule plutôt que de modifier sa politique.
Les agresseurs courent toujours
L’affaire ne s’arrête pas là. Dès le surlendemain des faits, Arthur et son avocat remettent à l’IGPN 117 photos de la scène d’une excellente qualité, qui montrent toutes sortes de détails sur les policiers agresseurs. Elles ont dû permettre très tôt l’identification des policiers participant à l’agression d’Arthur. Pourtant, lors d’une manifestation le 6 février 2020 (près de deux mois après les faits), le Comité a pu observer l’un des policiers en cause dans une unité de la BAC, au moment où celle-ci chargeait la tête de la manifestation. Sur plusieurs photos, la corpulence et surtout la concordance de nombre de détails vestimentaires ont convaincu le Comité qu’il s’agissait bien du même policier. L’IGPN a indiqué par courriel au Comité ce lundi 30 novembre que « s’agissant de faits graves, l’administration a ouvert, en vertu de son devoir de réaction, une enquête administrative confiée à la délégation de l’IGPN à Lyon, toujours en cours, et qui devrait se conclure très prochainement afin de déterminer si des manquements ont été commis ». Un « devoir de réaction » qui s’avère donc bien poussif. Ni la préfecture, ni la DDSP, contactées par le Comité, n’ont précisé si des mesures administratives « conservatoires » (décidées en attente de la procédure disciplinaire) avaient été prises pour écarter l’intéressé du contact avec le public. Concrètement, il semble donc que les agresseurs d’Arthur continuent de courir les rues, LBD à la main, avec l’aval des autorités « de contrôle ».



