Vendredi 14 octobre, la 13ème chambre correctionnelle de Lyon a donné un cours de droit « spécial banlieues » à Naïm. Il était accusé de rébellion, d’outrages et de menaces de mort envers 5 fonctionnaires de police. On pouvait s’attendre à ce que la procureure adjointe Karine Malara rappelle que « ce n’est pas le procès des policiers », comme elle l’a d’ailleurs fait. Mais on ne s’attendait pas à un tel déchaînement verbal. Car dans sa lancée, la magistrate n’a pas pu s’empêcher de « reclasser sans suite » la plainte de Naïm. Première leçon : « La plainte est vouée à l’échec quand on dépose en mai pour des faits de janvier ». Un conseil très ironique quand on sait que le parquet de Lyon met plusieurs mois… pour simplement lire les plaintes qui lui arrivent.
Ensuite, Naïm s’entend reprocher de ne pas avoir fait citer (à ses frais bien sûr) un témoin qui confirme son récit des faits. Or, non seulement ses avocat·es ont joint à la procédure une attestation du témoin en question, mais ont aussi demandé au parquet de le faire entendre dans le cadre de l’enquête… en vain. Lors de son interrogatoire, la présidente Coralie Chirol a elle aussi pointé les lacunes de l’enquête pour mieux les reprocher à la victime. « Monsieur, vous joignez une photo d’un pull déchiré, mais rien ne prouve que c’est bien le pull que vous portiez ce jour-là ». Naïm se plaint en effet que la scène a commencé quand un des policiers l’a tiré violemment par derrière, ce qui a déchiré son vêtement. Dans sa plaidoirie, l’une des avocat·es de Naïm rappelle que les policiers l’ayant placé en garde-à-vue l’ont photographié en T-shirt, tout en « oubliant » de photographier le pull…
Dossier réinventé à la barreef des enquêtes
Mais le pire vient pour la fin. Selon la procureure adjointe, Naïm aurait « changé sa stratégie de défense au moment de déposer plainte ». Accusant les policiers de violences « pour couvrir son comportement », « il va remanier sa façon de présenter les choses ». Car, selon la proc’ : « en garde à vue il ne se plaint pas de violences policières ». Cette phrase fournit la clef de compréhension d’une justice aveugle au sens littéral du terme. Page 2 du PV d’audition, Naïm raconte : « j’ai eu des prises du sommeil, des coups dans le ventre, dans le genou […], j’ai pas compris ce déchaînement de haine et de violences […], quand je me trouvais à 4 pattes, les policiers ont continué à me rouer de coups […], à partir de là c’était encore plus violent [un policier] m’a attrapé par le cou et m’a serré pendant 40 secondes, je me sentais partir au bout de 30-40 secondes, et pendant tout ce temps-là, je mangeais des patates ». Selon le droit, sur la base de ce PV, le parquet aurait dû déclencher une enquête d’office, même sans plainte de Naïm. Mais c’est bien sûr à condition que les magistrats sachent lire.



