Flagrant déni publie un rapport accablant, qui expose les raisons pour lesquelles l’impunité policière s’accroît.
Et puis, certaines d’entre nous ont été reçues – non par l’IGPN, mais par la « cellule déontologie » de Lyon. Une expérience déroutante, éprouvante. Et le sentiment d’ouvrir une nouvelle porte du système qui soutient l’impunité policière, d’en percevoir un angle mort. D’autres personnes que nous accompagnons ont été reçues par ces « cellules déontologie » dont nous découvrions à la fois l’importance à travers tout le pays, et l’opacité dans laquelle elles restaient tenues. Alors il fallait enquêter.
Au fur et à mesure de nos recherches, en découvrant la façon dont ces cellules fonctionnent – elles qui traitent la majorité d’affaires de violences policières – c’est leur opacité, l’absence totale d’indépendance de leurs agents et la pauvreté de leurs enquêtes qui nous a choqué·es. Au point d’en relativiser, en comparaison, l’inconséquence des enquêtes de l’IGPN. Nous avions besoin d’expliquer les problèmes, et de décortiquer tout ce système.
Pour qu’il circule auprès des gens confrontés à ce système, de celles et ceux qui les défendent, ou des acteurs politiques qui osent affirmer que l’impunité policière existe. Pour rejoindre les voix qui poussent haut et fort cette nécessité : il faut tout changer.
Corinne* (le prénom a été modifié à sa demande), militante, a porté plainte après avoir été blessée lors d’une manifestation contre la réforme des retraites, en 2023, à Lyon. Elle garde un souvenir amer du travail de la cellule, entre culpabilisation, légitimation du tir et enquête partielle.
Me Olivier Forray, au barreau de Lyon. L’enquête de la « cellule déontologie » de Lyon avait motivé un premier classement sans suite, qui s’est pourtant terminé, contre toute attente, par une condamnation du policier mis en cause à 8 mois de prison avec sursis pour violences sur le mineur Abdelkader, sans instruction et 5 ans après les faits.
Me Nicolas Chambardon est avocat à Marseille. Entre 2022 et 2025, il dit avoir eu affaire à des « cellules zonales de déontologie » sur 8 à 10 plaintes. Il critique son opacité.
Degré de gravité de l’affaire traitée par la « cellule »
Affaires graves et/ou impliquant des ITT supérieures à 8 jours
Affaires impliquant des ITT inférieures à 8 jours
Degré de gravité de l’affaire traitée par la « cellule »
Affaires graves et/ou impliquant des ITT supérieures à 8 jours
Affaires impliquant des ITT inférieures à 8 jours
Chaque point correspond à une affaire de violences policières détectée dans la presse locale ou nationale (source : Europresse). La couleur rouge signale les cas les plus graves, généralement équivalents à des interruptions temporaires de travail (ITT) supérieures à huit jours. La date correspond à la publication de l’article, et le lien vers celui-ci est indiqué lorsqu’il est disponible.
Mathieu Rigouste, réalisateur et chercheur en sciences sociales spécialisé sur les violences d’État, a lui-même porté plainte pour violences policières subies dans la nuit du 21 au 22 juin 2013. Lui aussi, depuis Toulouse, a affaire à l’une de ces « cellules déontologie ». Cette fois, elle porte encore un autre nom : cabinet d’audit d’étude et discipline.
Le sociologue Sébastian Roché (CNRS) replace la police des polices française en perspective internationale, et pointe son caractère « décidément très perfectible ».